MSMS

Médiation sociale en milieu scolaire

Dans le cadre d’une grande expérimentation nationale pour lutter contre le harcèlement à l’école, l’équipe de recherche a évalué les effets d’un dispositif de médiation sociale et d’un dispositif de prise de conscience du niveau de violence.

La mesure de l’impact des deux programmes a reposé sur un protocole très solide. L’échantillon était composé de 40 territoires répartis dans 66 communes et 12 académies, en France métropolitaine et en Martinique. Chaque territoire comprenait deux sites scolaires situés dans un quartier relevant de la politique de la ville (ZUS ou CUCS). Chaque site scolaire était formé d’un collège et de 2 ou 3 écoles primaires situées dans la zone de recrutement du collège. Un tirage au sort a déterminé, pour chaque territoire, le site scolaire bénéficiaire de l’intervention d’un médiateur. Cela permettait de s’assurer qu’en moyenne bénéficier du dispositif était la seule différence significative entre les 40 sites bénéficiaires et les 40 sites témoins (non bénéficiaires). Dans chaque site scolaire témoin, 1 école a également été tirée au sort pour bénéficier de l’administration et de la restitution d’une enquête de victimation menée auprès des élèves de CM1 et de CM2. Ce dispositif de prise de conscience du niveau de violence postulait que le diagnostic posé par l’enquête permettrait à la communauté éducative de s’approprier les enjeux et de développer de manière autonome des projets pour diminuer la violence entre pairs.

L’enquête finale déployée a été déployée à la fin de l’année scolaire 2013-2014, soit près de 18 mois après l’arrivée des premiers médiateurs et environ 12 mois après l’administration de l’enquête de victimation. Elle a concerné tous les établissements scolaires de l’échantillon, c’est-à-dire 5 829 collégiens (80 collèges) et 7 859 écoliers (226 écoles).

L’expérimentation Médiation Sociale en Milieu Scolaire (MSMS) était portée par le réseau national France Médiation et soutenue par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (FEJ) et la politique de la ville. Elle entendait agir sur l’ensemble des acteurs de l’école ainsi que sur la manière dont ils interagissent. Elle a reposé sur un partenariat innovant avec l’Éducation nationale, faisant intervenir en milieu scolaire des médiateurs formés et recrutés indépendamment de l’institution scolaire. Ces derniers se singularisaient par une posture de « tiers neutre » favorisant la libération de la parole et le rétablissement du dialogue. Leurs activités s’articulaient autour de cinq axes: l’identification et la prévention des situations de violence et de conflits, l’accompagnement individuel ou collectif des élèves et des familles, la gestion des conflits, la mise en place d’actions de sensibilisation et la formation des élèves à la médiation par les pairs.

Chaque médiateur était affecté à un site scolaire composé d’un collège et de deux ou trois écoles situées dans sa zone de recrutement ; cet échelonnement original permettait d’assurer une continuité pour les élèves lors de leur passage du primaire au secondaire.

La rigueur du protocole d’évaluation permet de disposer de résultats ne souffrant pas des biais méthodologiques habituellement observés en ce qui concerne la mesure de l’impact de ce type de programme (voir, par exemple, la méta-analyse de Ttofi et Farrington, 2011). Les effets du dispositif MSMS sont très marqués au collège, lorsque le médiateur est un adulte expérimenté. Ce résultat peut s’expliquer par l’action plus soutenue des médiateurs de ce sous-échantillon, mais également par leur surcroît d’autorité, de crédibilité et de compétences. Sur l’ensemble des élèves, le taux de harcèlement diminue de 11 %. Cet effet moyen, non statistiquement significatif, cache en fait une forte hétérogénéité de l’impact du dispositif selon le sexe et le niveau de scolarisation. Ainsi, le taux de harcèlement déclaré par les garçons de 6ème diminue presque de moitié.

Le programme semble surtout agir sur les élèves les plus touchés initialement par le harcèlement. Ce résultat paraît d’autant plus robuste qu’il s’accompagne d’une amélioration du bien-être psychologique et de l’estime de soi sociale des élèves. Signe des effets bénéfiques de cette expérience : l’absentéisme scolaire des garçons de 6ème diminue également. De manière plus générale, le programme a contribué à un climat scolaire plus positif, marqué par une intensification de la relation école-famille et une diminution de l’absentéisme des enseignants.

Néanmoins, les enseignements de cette évaluation ne permettent pas de trancher sur l’âge le plus propice pour intervenir auprès des élèves. Les effets du programme MSMS observés au collège ne sont pas avérés dans le premier degré. Cette absence de résultat peut être éclairée par la moindre présence des médiateurs dans les écoles primaires relativement au temps passé dans les collèges ou, pour reprendre l’hypothèse de Ttofi et Farrington (2011), par la plus grande maturité des élèves du secondaire qui développeraient plus facilement les habiletés sociales attendues.

Le dispositif de prise de conscience semble, pour sa part, avoir augmenté les violences observées par les professionnels. Il a également entraîné une moindre tolérance à l’égard des actes de violence. Il n’a en revanche pas eu d’effet significatif sur les victimations déclarées par les élèves.

Partenaires

Article de recherche

Equipe de recherche

Yann_Algan.jpeg

Yann Algan

Professeur d'économie

Sciences Po

AxelleC_N&B

Axelle Charpentier

Cheffe de projet

Sciences Po, dép. d'économie

Nina

Nina Guyon

Assistant professeur en économie

Université de Singapour

Elise

Elise Huillery

Professeur d'économie

Paris-Dauphine

Anaëlle

Anaëlle Solnon

Cheffe de projet

J-Pal Europe

SciencesPo

Cathy Bénard

Gestion administrative et financière

Sciences Po, dép. d'économie