ANGC2

Dispositif « Groupement de créateurs »

L’évaluation porte sur les effets du dispositif « Groupement de Créateurs » qui s’adresse à des jeunes ayant des difficultés d’insertion sur le marché du travail mais ayant manifesté un intérêt pour la création d’une activité. Par un accompagnement non directif, il a pour objectif de favoriser leur autonomie et de développer leur confiance en soi.

Le dispositif proposé par les Groupements de Créateurs est un programme entrepreneuriat destiné aux jeunes suivis par les missions locales et montrant un intérêt pour la création d’activité. Il s’agit aussi d’un programme d’insertion reposant sur un principe original, tranchant avec le contenu des programmes habituellement proposés. Le programme s’appuie en effet sur la méthodologie de projet : en pratique, le projet initial de création du jeune est considéré comme une option possible et la première phase du programme appelée « phase d’émergence » consiste à travailler concrètement sur ce projet. Il s’agit donc d’un accompagnement non-directif dont le mode opératoire est de privilégier l’autonomie des jeunes. Il est structuré autour de quelques principes clefs :

  1. Travail de revalorisation et développement de la confiance en soi : toutes les idées ont une place et méritent d’être entendues ;
  2. Connaissance de soi-même, ses forces et ses faiblesses, ses goûts et ses qualités ;
  3. Confrontation de ses idées à la réalité de l’environnement économique, prise de conscience par soi-même des difficultés à surmonter.

La spécificité de l’accompagnement des Groupements de Créateurs réside aussi dans la position du jeune accompagné vis-à-vis de l’accompagnateur : le programme cherche à amener le jeune à se prendre en main et à être le seul acteur de son projet. Cette orientation tranche avec les programmes classiques d’accompagnement qui sont davantage fondés sur l’idée de procurer des conseils, des compétences techniques ou des aides financières. L’idée du programme est que ce changement de position, le fait d’être pris au sérieux et mis en position d’acteur de son projet, permet au jeune de se découvrir, d’exprimer ses idées, de les discuter pour les faire évoluer. L’hypothèse du programme est que le développement de la confiance en soi, la prise d’initiative et l’autonomie favorisent l’insertion professionnelle.

Le programme a été évalué par le biais d’une évaluation randomisée : 902 jeunes inscrits dans l’expérimentation ont été assignés au hasard à un groupe test (460 jeunes) et à un groupe contrôle (442 jeunes). L’inclusion dans l’expérimentation et l’orientation vers le programme ont eu lieu sur 10 sites en France métropolitaine et dans les DOM. Les jeunes inclus dans cette expérimentation ont été enquêtés à leur inclusion, puis 11 mois et 21 mois après le tirage au sort.

Un premier impact saillant du programme est d’accélérer l’entrée des jeunes en formation. Les jeunes orientés vers le programme ont un taux d’accès à la formation nettement supérieur aux autres. Le nombre moyen de formations suivies par les jeunes au cours de la première année est de 0,3 dans le groupe témoin, alors qu’il est de 0,5 dans le groupe test. 10 % des jeunes ont suivi une formation professionnalisante dans le groupe témoin contre 20 % dans le groupe test. Une partie de ces formations additionnelles provient de la participation aux Groupements de Créateurs puisque le programme prévoit pour ceux allant jusqu’au bout de la démarche de suivre une formation spécifique, le Diplôme d’Université à la Création d’Activité (DUCA).

Un deuxième résultat concerne l’activité. On n‘observe pas d’impact au cours de la première année, excepté une diminution de la proportion de jeunes entrant dans la catégorie NEET (ni étudiant, ni employé, ni stagiaire). La seconde année on observe en revanche une substitution importante entre les jeunes créant une entreprise et les jeunes ayant une activité salariée : la part des jeunes ayant créé une activité indépendante baisse de 8 % dans le groupe de contrôle à 3 % dans le groupe test. Cette réduction est contrebalancée par une augmentation de 7 points de la proportion de jeunes en emploi, passant de 31 % à 38 %. Ce résultat, qui peut sembler surprenant, est néanmoins cohérent avec le mode opératoire du programme : aller au bout du projet serait pour les participants un moyen d’actualiser leurs anticipations sur leurs opportunités sur le marché du travail, et de former des projets plus réalistes, comme celui d’acquérir une expérience salariale.

Le résultat le plus important concerne les revenus observés près de 2 ans après l’entrée dans le dispositif. Il témoigne d’une progression significative de l’autonomie financière des jeunes. On observe d’abord une augmentation des revenus salariaux de 413 à 531 € / mois, soit une progression de 29 %. Cette augmentation provient essentiellement d’une augmentation de la proportion des jeunes ayant des revenus salariaux dans le groupe test.

Les tests psychométriques montrent par ailleurs que la phase d’émergence rend les jeunes accompagnés plus réactifs aux gains et risques potentiels associés à leurs décisions.

Pour conclure, cette expérimentation montre des effets importants sur plusieurs dimensions, parmi lesquelles les investissements en capital humain, la nature de l’activité, les revenus et la motivation des jeunes accompagnés par le dispositif des Groupements de Créateurs. Ces résultats contrastent avec ce qui est généralement observé pour les programmes à destination des jeunes ayant des difficultés d’insertion sur le marché du travail. Ils peuvent être utilement comparés aux résultats obtenus dans d’autres expérimentations, comme celle du programme « CréaJeunes », un autre programme d’aide à l’entrepreneuriat, ou bien au programme « Revenu contractualisé d’autonomie (RCA) » qui, parmi d’autres, n’ont pas d’impact significatif sur l’insertion professionnelle des jeunes.

Le dispositif « Groupement de Créateurs » est donc une exception en ce qu’il a pu démontrer qu’un changement de positionnement du jeune vis-à-vis de ses accompagnants en faveur de la prise d’initiative, de la confiance en soi et de l’autonomie, apporte – pour un coût similaire, voire inférieur – un bénéfice économique et personnel très substantiel.

Partenaires

Article de recherche

Equipe de recherche

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Yann Algan

Professeur d'économie

Sciences Po

Bruno

Bruno Crépon

Chercheur

CREST

Elise

Elise Huillery

Professeur d'économie

Paris-Dauphine

William

William Parienté

Assistant Professeur

Université Catholique de Louvain

SciencesPo

Cathy Bénard

Gestion administrative et financière

Sciences Po, dép. d'économie